FRANÇOIS MITTERAND (1916-1996)

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EXTRAITS D'UN DISCOURS (25 avril 1981)


Contexte
Il s'agit du dernier discours de Mitterand avant le premier tour des élections présidentielles de 1981. Mitterand gagnera face à Valéry Giscard d'Estaing et ce sera la première fois depuis 1945 que la gauche arrivera au pouvoir...



Transcription
"Il n'est personne au monde, aucune force, aucune puissance qui pèse sur ma décision. Ni à l'est, ni à l'ouest, ni Moscou, ni Washington, ni Bonn, ni personne, aucune force à l'intérieur, ni les forces de l'argent dont je me moque, ni le grand capital, ni les multinationales, ni les lobbies, ni les coalitions, aucune puissance au monde ne me fera jamais vous dire autre chose que ce que je pense."

UN ANIMAL POLITIQUE IMPITOYABLE

1. LA MONTÉE DU FRONT NATIONAL EN FRANCE
  • La télévision est bien sûr le médium par excellence, mieux que la radio, pour faire circuler un message politique. 
  • François Mitterand, président socialiste de 1981 à 1995, avait bien compris cela et pour créer une forme de concurrence crédible contre le parti conservateur de l'époque, il avait encouragé la présence de Jean-Marie Le Pen (président du Front National, parti extrémiste et fasciste, né en 1972) à la télévision et à la radio.
  • La correspondance de Mitterand montre que depuis 1982, il estimait que les médias ne donnaient presque jamais la parole à Le Pen. Mitterand va donc faire pression sur les radios et surtout sur les télévisions. Le Pen dira que c'est grâce à Mitterand que son message politique a pu être entendu par les Français...
  • En 1984, le Front National (F.N.) aura un score de 11% aux élections européennes et en 1986, il va obtenir 35 députés à l'assemblée nationale.

2. FACE À JACQUES CHIRAC

Contexte
Mitterand est président depuis 1981 (et jusqu'en 1988), mais en 1986, la majorité de l'assemblée a changé et le président, comme la constitution de la Vème République l'exige, a dû choisir un premier ministre de droite pour mener l'action du gouvernement. Cette période s'appelle "la cohabitation", c'est-à-dire que le président et son premier ministre sont en opposition politiquement parlant. Mitterand a choisi Jacques Chirac comme premier ministre et aux élections de 1988, Chirac se présente justement comme candidat aux élections présidentielles. Le débat suivant est connu de tous les Français et montre un président qui n'hésite pas, même dans un débat politique classique, à rappeler qu'il demeure le président en charge jusqu'à preuve du contraire...


"Mais vous avez tout à fait raison, Monsieur le premier Ministre!" (24 avril 1988)

Transcription
François Mitterand: Je vous ai observé pendant deux ans et vous me donnez là un bien mauvais exemple, mais je ne veux pas m'engager davantage. Moi, je vous appelle, et je ne fais aucune observation sur votre façon de vous exprimer -- vous en avez le droit -- Moi, je continue à vous appeler Monsieur le premier Ministre puisque c'est comme cela que je vous ai appelé depuis deux ans et que vous l'êtes! Et bien, en tant que premier Ministre, j'ai constaté que vous aviez, et c'est bien juste de le dire, de très réelles qualités, mais pas celles de l'impartialité et du sens de la justice dans la conduite de l'Etat.

Jacque Chirac: Permettez-moi de vous dire que ce soir je ne suis pas le premier Ministre et vous n'êtes pas le Président de la République. Nous sommes deux candidats, à égalité et qui se soumettent au jugement des Français, le seul qui compte. Vous me permettrez donc de vous appeler Monsieur Mitterand.

François Mitterand: Mais vous avez tout à fait raison Monsieur le premier Ministre!



POUR LA POSTÉRITÉ...

1. Une politique de grands travaux impressionnante
  • le musée d'Orsay (1986), cliquez ICI.
  • le parc de la Villette (1987), cliquez ICI.
  • la grande Arche de la Défense (1989), cliquez ICI.
  • l'Institut du Monde arabe (1987), cliquez ICI.
  • l'Opéra Bastille (1989), cliquez ICI.
  • la Pyramide du Louvre (1989), cliquez ICI.
  • la Bibliothèque nationale de France (1995), cliquez ICI.

4 mars 1988: Mitterand à propos de la Pyramide du Louvre


Transcription
François Mitterand: Cette cour Napoléon où nous sommes, ce square avec ses arbres lépreux, ces espèces de parkings fous, la nuit, je pense qu'on devait hésiter à s'y promener dans le noir. Tout ça pour ce beau musée, à côté de ce beau musée, il fallait changer. Il fallait absolument adapter les temps modernes aux monuments anciens, voilà ce que ça donne...
William Leymergie: Et bien justement Monsieur le Président, quand vous avez dit "oui" à Monsieur Pei, vous aviez une idée de son projet bien-sûr, vous l'imaginiez, mais est-ce que ça correspond à ce que vous imaginiez...
François Mitterand: Oui! Oui, oui, je dois dire que plusieurs grands architectes me semblaient souhaitables et finalement, si j'ai arrêté mon choix sur Pei, ce chinois-américain, c'est parce que j'avais vu à Washington et à Boston deux de ses oeuvres maîtresses, un musée en particulier et vraiment c'était admirable.
William Leymergie: C'est ça, vous vous êtes dit: "c'est l'homme de la situation"...
François Mitterand: Après une conversation, je me suis rendu compte qu'il était l'amoureux, non seulement du Louvre mais de l'histoire de la France, que jamais il ne commettrait la faute, je dirais même le crime, de nuire à l'ensemble dans lequel nous sommes.
William Leymergie: Alors, il y a une tradition présidentielle, on peut dire ça, de laisser quelque chose à l'histoire, je parle de Monsieur Pompidou, du Président Giscard d'Estaing, vous, avec le grand Louvre, la Tête Défense, l'opéra Bastille... Alors, bien-sûr, c'est pour la France, pour la grandeur de la France, mais est-ce qu'il n'y a pas une part de prestige personnel?
François Mitterand: Non, vous pouvez dire ce que vous voulez, naturellement, et le pensez. Mais, je crois que seul un président de la République dispose du temps, 7 ans...
William Leymergie: 7 ans au moins...
François Mitterand: ...qui permettent de décider, d'entreprendre et de mener à bien. Souvent, il faut plus de 7 ans mais quand le train est lancé, il peut pas s'arrêter.
Patricia Charnelet: Monsieur le Président, est-ce que vous aimeriez qu'on parle du style Mitterand, je veux dire à travers les choix culturels que vous avez faits, on peut dégager quelques grandes lignes: vous aimez les traits très beaux, les choses très épurées. Est-ce qu'on peut parler de votre style qu'on pourrait opposer, certains journaux l'ont fait ce matin, à votre personnalité qu'on dit plus cachée moins transparente, par exemple, que cette pyramide?
François Mitterand: Si on disait, il y a un style Mitterand, j'en serais flatté, je l'avoue, mais il n'y en a pas! Car l'ensemble des grands projets relève du choix des jurys internationaux ou nationaux et si, en effet, j'ai pris part à la décision et même si j'ai pris la décision finale dans chaque cas, c'est aussi parce que j'avais un certain goût pour les formes géométriques pures. Remarquez que ce que je dis là n'est déjà pas vrai de l'Opéra Bastille, mais il n'y avait pas de projet en concurrence qui réponde à mes définitions. En revanche, voyez ce qui se passe avec la Géode à la Villette, dont je ne suis d'ailleurs pas l'auteur, voyez ce qui se passe ici, voyez l'arche de la future installation de la Défense et bien il y aura un arc de triomphe de plus dans la grande perspective qui va jusqu'à la terrasse de Saint Germain, cela correspond... je crois que les formes pures et simples me plaisent plus que les autres.
William Leymergie: Monsieur le Président, vous vous êtes sûrement interrogé plus que quiconque sur le pouvoir et, en voyant cela ce matin avec Patricia et d'autres personnes qui ont visité, on s'est dit: "Mais est-ce que ce n'est pas là la manifestation la plus symbolique du pouvoir?"... se dire, ici, dans cette cour dont vous parliez tout à l'heure, le soir pas très tranquille, et bien moi je décide de faire quelque chose! Est-ce que c'est pas ça le pouvoir?
François Mitterand: C'est une forme déterminante du pouvoir. Et pour avoir, dès mon adolescence puisque j'étais étudiant à Paris... pour avoir beaucoup circulé, je me suis beaucoup promené dans Paris, dans ma tête, c'est vrai, à tout moment, je rebâtissais Paris...
William Leymergie: Ah oui, déjà?
François Mitterand: Oui, déjà. Bon, je ne pensais pas que j'en aurai l'occasion mais quand j'en ai eu l'occasion, je ne l'ai pas râtée.

2. "Je crois aux forces de l'esprit, je ne vous quitterai pas." 
(31 décembre 1994)

Contexte
Mitterand est atteint d'un cancer à la prostate (depuis 1981, semble-t-il, il avait alors 65 ans), mais l'information demeure secrète pendant longtemps. Le 31 décembre 1994, date de cette vidéo, il souhaite ses voeux pour la nouvelle année aux Français sachant très bien que ses jours étaient désormais comptés. Il s'agit de la première fois qu'un Président français fait part de ses "convictions religieuses"...




VIDÉO SUPPLÉMENTAIRE: MITTERAND FACE AU FRANGLAIS!


Transcription
Tout le monde dit "OK", sauf François Mitterand...

-OK, Monsieur le Président. Quand vous voulez...
-Ok? Non, pourquoi OK?... ça fait plusieurs fois que je vous le fais remarquer...
-C'est vrai! Vous avez raison...
-Alors, pourquoi OK?
-Parce que j'ai tort!
-Alors, pourquoi recommencer?!
-On oublie...